A l’heure se tient l’exposition « We want Miles ! » à la Cité de la musique, et que l’annonce d’un film ou Samuel Jackson tiendrait le rôle de ce trompettiste de génie, un retour sur la carrière de « Miles Dewey Davis III » s’impose.
Miles Davis fût l’un des jazzmen les plus prolifiques du 20 éme siècle. De ses débuts aux côtés de Charlie « Bird » Parker dans de vielles caves enfumées, des premières notes du be-bop de Dizzy Gillespie au free jazz de « Bitches Brew » en passant par l’inoubliable expérience modale de « So What » sur la session « Kind of blue ». Miles aura su créer un son unique, le plus grand fan de Louis Armstrong saura, comme son idole, faire évoluer son style de prédilection : « In a Silent Way ».
SO WHAT LIVE avril 1959
Le secret du son « davisien », c’est son amour du blues et du silence, une constante chez Miles. En effet, il ne sera jamais un virtuose, pas même un technicien. Il aimait à dire à ses protégés que le silence constituait la véritable musique, les différentes notes jouées ne servant qu’a encadrer ce dernier. Son leitmotiv était qu’il fallait savoir choisir les meilleures notes, les autres étant superflues.
Le morceau « Right Off » issu de l’album « A tribute de Jack Johnson », bande-son d’un documentaire sur le premier boxeur noir à avoir acquis un titre de champion du monde, en est un bel exemple. Entouré de certains de ceux en qui il voyait le renouveau du jazz, Mc Laughlin, Corea, Cobham, Hanckok ou encore de Johnette, Miles offre une longue session (éditée dans son intégralité en 2003) où l’on jurerait voir le trompettiste sur un ring, tournant patiemment autour d’un adversaire imaginaire et lui décochant de violentes notes de trompette.
RIGHT OFF tribute to Jack Johnson
La boxe sera également pour Miles une influence majeure, comme un sportif de haut niveau, il entraine ses poulains sur les terrains inconnus de l’improvisation, les invitant au dépassement. Il brode des heures durant autour d’une idée avant de la transformer en thème : « Kind of Blue » sera l’une des expériences les plus aboutis de son quintet. Souvent considérée comme l’œuvre majeure du trompettiste, à contre-courant de l’interprétation usuelle faite de la mélodie à l’époque, elle aura beaucoup d’influence sur le jazz, mais également sur le rock.
Miles en, a en effet assez des grilles d’accords du be-bop, il procède alors différemment. Il appelle ses musiciens pour jouer cet album, en ne leur donnant aucune indication sur ce qu’ils doivent faire, puis les traine dans un studio ou pendant deux jours ils enregistrent l’un des albums les plus vendus de l’histoire du jazz.
Une section mythique qui regroupera en son sein : « Cannonball » Adderley au saxophone alto, Coltrane au ténor, Wynton Kelly au piano, Paul Chambers à la contrebasse et enfin Jimmy Cobb à la batterie.
C’est peut-être là aussi où le génie de Miles s’exprime, il sait que seul il n’arrivera à rien et n’hésite pas à appeler des instrumentistes qui auraient pu le reléguer au second plan, Quincy Jones ou Marcus Miller ne sont que des exemples parmi tant d’autres.
Miles semble pourtant plus soucieux de son public, il en a assez des bars, il veut voir sa musique grandir et n’hésite dès lors pas à rendre cette dernière plus accessible. L’une de ses nombreuses conquêtes féminines, il était un véritable obsédé, lui montrera la voie.
« Betty Davis », starlette de 19 ans trop en avance sur son époque, lui fera découvrir Hendrix et par là même l’électrification et les expérimentations que le procédé permet. Miles troque alors son complet contre un pantalon de cuir, découvre les drogues et l’exubérance. La situation de l’homme noir est en train de changer, il en est conscient, il veut faire partie de l’histoire. Il invente dès lors ce qui deviendra le jazz rock.
BETTY DAVIS He was a big freak
Les critiques de l’époque ne comprennent pas ce revirement de situation et trouvent le résultat inaudible. Mais la légende à le sens de la formule : « N’ayez pas peur des fausses notes … ça n’existe pas ».
Les albums qui suivront seront encensés autant par ceux qui l’avaient auparavant trainé dans la boue que par le public. La discographie de Miles est aujourd’hui considéré comme une œuvre complète, un témoignage du 20 éme siècle. On reconnaît enfin son génie, et ça ce n’est pas prêt de s’arrêter !
Mehdi El Kindi
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