
Mercredi 18 novembre. Sur trois continents différents se sont disputées trois rencontres décisives dans le but d’accéder à la Coupe du monde de football. Trois matchs qui dépassent largement le cadre du football et reflètent la popularité de ce sport.
23h, Saint Denis, Stade de France : William Gallas inscrit le but de l’égalisation face à l’Irlande, synonyme de qualification pour l’équipe de France. Dans un match où les Bleus sont malmenés du début à la fin, incapables de conserver l’avantage d’un but acquis au match aller, c’est finalement une terrible injustice qui vient sauver les hommes de Raymond Domenech. Sur un coup-franc frappé par Florent Malouda, Thierry Henry contrôle le ballon de sa main gauche et centre pour William Gallas qui reprend de la tête. Les Français sont libérés et laissent exploser leur joie, tandis que les Irlandais, verts de rage, s’agitent autour de l’arbitre qui valide le but. C’est toute la nation du trèfle à quatre feuilles qui crie à l’injustice.
Thierry Henry a commis une main. La loi du jeu numéro 12 est claire. « Un coup franc direct est accordé à l’équipe adverse du joueur qui touche délibérément le ballon de la main ». L’élément matériel de l’infraction est avéré. L’intentionnalité de la main aussi est nette. Les images ne mentent pas. L’attaquant français fait un mouvement du bras et de la main pour redresser la course du ballon. En l’espèce, la faute est prouvée. Mais Thierry Henry ne peut plus être jugé. La loi du jeu numéro 5 précise que seul l’arbitre « dispose de l’autorité nécessaire pour veiller à l’application des lois du jeu ». Ce dernier ne l’a pas sanctionné et, comme l’explique cette même loi, personne d’autre ne peut le faire : « Les décisions sur des faits en relation avec le jeu sont sans appel, y compris la validation d’un but et le résultat d’un match ». Le délai de prescription est ainsi réduit à quelques secondes et l’attaquant français ne peut plus être rattrapé par la justice du football.
C’est alors à la rue de prendre le relais. Et la rue se lâche. Tout le monde a son mot à dire. Le geste du capitaine des Bleus était volontaire. Il a délibérément triché. Il a renvoyé les valeureux et méritants Irlandais dans leurs pays. Ces derniers ne visiteront jamais ce beau pays qu’est l’Afrique du Sud. L’injustice est immense. Il a brisé le rêve de toute une équipe et de tout un peuple. Il a bafoué les valeurs universelles du sport. L’attaquant de Barcelone ne mérite plus de porter le brassard de capitaine. Il devrait peut être même être exclu de l’équipe de France. Il n’a aucune morale. S’il en avait une, il serait allé voir l’arbitre et lui aurait immédiatement expliqué son mauvais réflexe. Il aurait alors pu prétendre au titre d’homme le plus fair-play de la planète. A la place, il récolte sifflets, insultes et vindicte populaire.
17h, Khartoum, stade El Merreikh : la capitale du Soudan, accueille le duel décisif entre l’Algérie et l’Egypte. A la fin de la phase de qualification pour le mondial 2010, les deux équipes sont à égalité parfaite. Mais une seule décrochera son billet pour l’Afrique du Sud.
Plus on s’aime et plus on se déteste. Frères dans le concert mondial, Algériens et Egyptiens se font la guerre par presse et football interposés. Les violences commises au Caire sur les supporters et joueurs algériens ont fait monter la tension. Il faut dire que ces deux nations ne se sont pas qualifiées pour une coupe du monde depuis 1986 pour les fennecs et 1990 pour les pharaons. De quoi déchainer les passions et faire perdre la tête à certains supporters. La rivalité sportive a de tout temps existé entre ces deux pays. Il y a vingt ans, l’Égypte s’était qualifiée aux dépens de l’Algérie pour le Mondial italien de 1990, dans un climat déjà très tendu. En 2002, l’Algérie, déjà éliminée, avait privé l’Égypte d’un billet pour la Coupe du monde Corée-Japon. De plus, l’équipe qui se qualifiera sera la seule nation arabe présente en Afrique du Sud. Sans doute pour diriger les regards loin des problèmes de politique intérieur au sein des deux pays, les gouvernements respectifs n’ont rien fait pour calmer le jeu. Les présidents Moubarak et Bouteflika représentent deux visions différentes du nationalisme arabe. L’Egypte se considère depuis Nasser comme le phare du monde arabe et voit l’Algérie comme un second tandis que l’Algérie se revendique en nouveau porte drapeau du tiers-mondisme depuis le rapprochement de l’Egypte avec les Etats-Unis dans les années 70. Nuage de fumée, accrochages entre supporters malgré les 15000 policiers présents, hymnes sifflées et tension terrible sur le terrain, l’ambiance est survoltée aussi bien autour que dans le stade. L’Algérie s’impose finalement 1 à 0 et prend sa revanche sur les frères ennemis égyptiens.
Devant son public, l’Uruguay affronte le Costa Rica en barrage retour des qualifications pour la Coupe du monde. Vainqueur 1 à 0 au match aller, la Celeste a toute les cartes en main pour rejoindre les trente et une autres équipes qualifiées pour l’Afrique du sud.
L’Uruguay, comme l’Argentine ou le Brésil, fait partie de ces pays où le football est une religion. Nourri par les victoires de l’équipe nationale aux coupes du monde 1930 et 1950, l’attachement qu’a le peuple uruguayen pour le football est immense. Ce sport est son opium. Sur cette partie du globe, on continue de considérer le football comme une passion gouvernée par les émotions et non par la raison et la planification. Quand l’équipe nationale joue, la vie s’arrête. Tous le pays a les yeux rivés sur l’écran de télévision. Et dans le stade de Montevideo plein à craquer, c’est un mélange ambigu de chaos et de fête qui semble régner. Sur le terrain, depuis plus de 80 minutes, les 22 joueurs se rendent coup pour coup. Le ballon file d’un but à l’autre. Le Costa Rica vient à peine de revenir au score quand l’arbitre interrompt le match. Une bagarre vient d’éclater entre le banc costaricien et des membres d’une équipe de télévision. Après une première escarmouche quelques minutes plus tôt, plusieurs personnes portant des chasubles de l’équipe de production télévisuelle en viennent aux poings avec des remplaçants du Costa Rica. La police anti-émeute entre alors sur la pelouse et interpelle au moins un membre de l’équipe de télévision. Le match reprend au bout de quelques minutes mais une vingtaine d’agents de forces de l’ordre équipés de bouclier encadrent le banc du Costa Rica pour le protéger jusqu’à la fin du match. Finalement la Celeste se qualifie grâce à sa victoire du match aller. La vie peut reprendre son cours en Uruguay, avec l’Afrique du Sud en ligne de mire.
Parce qu’on le joue partout, parce qu’on en parle partout, le football possède une dimension universelle. Justice et morale en Europe, histoire et politique en Afrique du nord ou encore passion et émotions en Amérique latine, tous les ingrédients qui régissent nos vies s’y reflètent. De par sa popularité, le football est bel et bien plus qu’un simple sport. Pour le meilleur et pour le pire, il est devenu un miroir de notre société et de ses évolutions.
Simon Gleize
Mots-clefs : coupe du monde, football, france, irlande, maradona, thierry henry, uruguay
4 décembre 2009 à 16:48 |
sympa ton article le sims,
« Pour le meilleur et pour le pire, il est devenu un miroir de notre société et de ses évolutions. »….c’est dire comme il est tombé bien bas!!
22 janvier 2010 à 15:29 |
L’institut IFFHS (Fédération International de l’histoire et statistiques du football) vient de publier le classement des meilleurs entraîneurs entre 1996 et 2009.
L’entraîneur de Manchester United, Sir Alex Ferguson, est le leader de ce classement avec 87 points. Il est suivi par Marcello Lippi (58) et Arsène Wenger (58).
Le déjà mythique entraîneur portugais, José Mourinho, est 5ème de ce classement, mais il n’a commencé sa carrière qu’en 2000.
Classement des 10 meilleurs entraîneurs du monde
1. Alex Ferguson (Ecosse) : 87 points
2. Marcello Lippi (Italie) : 58
3. Arsène Wenger (France) : 58
4. Guus Hiddink (Pays Bas) : 51
5. José Mourinho (Portugal) : 48
6. Ottmar Hitzfeld (Allemagne) : 43
7. Marcelo Bielsa (Argentine) : 41
8. Göran Eriksson (Suede) : 41
9. Luiz Felipe Scolari (Brésil) : 38
10. Frank Rijkaard (Pays-Bas) : 34
Frm K.L