Maroc : Polémique autour de la programmation d’un roman au collège

By contributeurobdf

Mohamed Zefzaf Crédits photos : NC

La version arabe de Tentative de vie, roman de l’écrivain marocain Mohamed ZefZaf, a été programmée en dernière année du collège par le ministère de l’éducation nationale à la rentrée 2006. À la rentrée 2009, soit 3 ans plus tard, une polémique éclate. Des représentants des milieux conservateurs et intégristes demandent le retrait de cet ouvrage du programme scolaire. Le roman constitue à leurs yeux une atteinte profonde aux valeurs de l’islam et de la nation. Ces derniers mettent en cause le caractère vulgaire de certains propos, les allusions à la sexualité et le caractère «immoral» de certains personnages.

Au départ, ce sont des parents d’élèves qui se seraient plaint du contenu de l’ouvrage, ils seront très vite suivis par certains politiciens membres du PJD (Parti de la justice et du développement qui prône un Islam modéré). Ces derniers, avec l’appui d’une presse partisane, qui a consacrée bon nombre d’articles hostiles à l’œuvre et au mode de vie « débauché » de l’écrivain, ont protesté auprès des académies et du ministère, ainsi que dans les établissements scolaires de leurs enfants pour le retrait définitif de cette œuvre.

Face à ce mouvement, d’autres journalistes, écrivains et universitaires ont répliqué en publiant contre-exemples et témoignages dans la presse francophone. Contestant la volonté de censurer un ouvrage, jugé de « qualité », et qualifié   »d’indispensable et adapté », aux jeunes lecteurs.

Le roman ne sera finalement pas interdit, mais certains parents n’autorisent pas leurs enfants à étudier cette œuvre et continuent de se plaindre.

Les interdictions, les polémiques et controverses autour d’une œuvre littéraire sont des faits courants dans plusieurs pays du monde arabo-musulman. Les religions d’état et le taux élevé d’analphabétisme entretiennent certaines formes « violentes » de conservatisme culturel et de fondamentalisme religieux.

La polémique autour du livre de Zefzaf au Maroc revêt tout de même un caractère particulier : ce n’est pas la publication de cette œuvre qui pose problème. Mais sa programmation par le ministère de l’éducation nationale au programme de langue arabe des élèves de troisième. Ainsi les détracteurs de l’œuvre ne souhaitent pas un retrait de l’œuvre de l’espace public, mais l’arrêt de son usage en milieu scolaire secondaire. Par tradition et souvent plus par peur des représailles on s’attaque rarement aux instances étatiques. Cette réaction traduit « peut-être » un changement de cap dans la société et la politique marocaine. Les prémices d’une opposition visible face à des actions de l’Etat, même si elle est représentée ici par islamistes et autres conservateurs.

Si l’on ne peut pas encore parler d’une réelle liberté d’expression dans le royaume , il est intéressant de noter une progression depuis quelques années dans l’ouverture des débats de société mettant en cause des organes du pouvoir central.

La où le bat blesse, c’est que dans ce cas précis, cela exprime aussi la volonté de censure d’une œuvre majeure de la littérature marocaine par certains mouvements radicaux.

Mounir Kabbaj et Mehdi El Kindi

Le livre :

Mouhawalat âïch (Tentative de vie), est un roman réaliste qui décrit la vie et les aventure de Hamid, un adolescent des bidonvilles casablancais. Ce dernier vend des journaux dès l’âge de dix ans pour nourrir sa famille. Il traîne vers le quartier du port, un univers de contrebande, de délinquance. Jeune adulte il découvre la nuit populaire casablancaise, avec ses bars, ses cafés, ses prostituées, et son lot d’insanités et de dangers .

Zefzaf, à travers une écriture d’une profonde authenticité et d’une grande sensibilité, dépeint avec pertinence de nombreuses failles de la société marocaine. Son lot de flics véreux, ses patrons inhumains, ses bidonvilles, sa violence et ses enfants des rues. Une écriture qui rappelle celle du « pain nu » de Mohamed Choukri  ou   »Dhilal » de Driss Khouri.

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3 réponses vers «Maroc : Polémique autour de la programmation d’un roman au collège»

  1. Mimi dit :

    On évolue dans cette « Douce France », et on s’y croit, on y prend goût et on apprend à se soucier de problématiques plus humaines, écologiques, plus luxueuses.. on en oublie les fondamentales ..

    Puis, comme toujours, on est vite rattrapé..une info, un blog, un doc..on se retrouve à reconsidérer que notre cher royaume a encore du chemin à faire..avant de prétendre à une quelconque forme d’évolution..

    Ca se voit..je suis bien plus « pessimiste », non pas que je déconsidère les efforts fournis, mais je suis ..d’une plus grande exigence..

    Ceci dit, il n’en reste pas moins que mon pessimisme revient au galop..et reste sceptique quant à votre vision du sujet…

    Je me permets de vous exposer la mienne ..

    Le PJD, comme tout mouvement intégriste, au-delà de traduire une quelconque espèce de démocratisation…est à bannir..

    Mais, soit..ces intégristes représentent, hélas, un lobby, de plus en plus puissant dans notre pays…ce lobby fédère de plus en plus de population se fondant sur l’ignorance de cette dernière…
    A ne pas confondre avec opposition..puisqu’il détient la majorité des voix parlementaires.. il est par définition, parti à susciter de l’opposition..

    Comme tout bon lobby, les intégristes se déploient, doucement, surement, et stratégiquement…les interdictions croissent à souhait, tout autant que les voiles et les barbes charmantes..

    On interdit d’abord une programmation, ensuite une diffusion, puis une publication…la distribution…la fin de la culture, un règne encore plus pérenne pour l’ignorance ! … Comme c’est pratique…

    Quant à l’opposition, elle reste opprimée, toujours…des journalistes se font saisir, interdire… des voix se font taire .. le règne de la terreur est toujours ancré dans nos valeurs… juste un peu plus hypocrite !

    Quant à Zefzaf, s’il est programmé..c’est parce qu’il le vaut..et ce n’est qu’évidence que de l’étudier, dans une classe de lettres …

    Et puis, pour nos traditions et nos valeurs..faites confiance au Marocain..il est par définition complexe..il sait allier à merveille, religion et débauche , tradition et modernité, oeuvre d’esprit et réalité …

    Voila :)

    • Mehdi el Kindi dit :

      Je partage ton point de vue Meryem,
      mais je pense que ce qu’a voulu exprimer Mounir et la où j’ai failli, surement par facilité, dans la retranscription d’un dossier long de plusieurs page est que la contestation d’une décision ministérielle est indubitablement une « avancée » en soi.

      Je m’explique, à travers les diverses lectures possibles, c’est assurément le signe d’un changement d’époque, d’une page qui se tourne et qui débouchera sur « dieu » seul sait quoi.

      Un auteur comme Zefzaf pouvait à son époque déranger le régime en place, le trop peu d’ouverture culturel (cadet des soucis d’un peuple qui a faim) qui nourrit la schizophrénie, les traditions et les valeurs marocaines tend aujourd’hui à inverser la tendance.

      Pour faire court et explicite : Les « ennemis » d’hier nourrissent aujourd’hui le combat contre les intégrismes.

      En lisant entre les lignes, la phrase « Si l’on ne peut pas encore parler d’une réelle liberté d’expression dans le royaume » fait corps avec ce que tu écris.

      Bien sûr des journalistes sont arrêtés, des parutions interdites mais elles prennent sens dans un contexte marocain. Entendons nous bien, je ne soutiens pas ses incriminations qui ont pu toucher des proches ou amis mais les replace dans un contexte : Pas de crime de lèse-majesté, le commandeur des « croyants » est intouchable, c’est l’article premier de la constitution du Royaume !

      Et c’est là où tout se complique, dans un royaume à qui s’oppose t’on ?

  2. Mounir Kabbaj dit :

    Salut Mimi, je te remercie pour ton intervention, elle jette un pavé de plus dans une mare de plus en plus profonde… A priori, dans mon discours, Je suis partisan d’une certaine idée de la démocratie , jusqu’à une certaine mesure. Je m’explique : je suis totalement contre l’extrémisme et l’intégrisme de quelque bord qu’il soit ( il n’est pas toujours religieux…), car je considère ces mouvements comme des dangers pour la démocratie ( çà peut se discuter, mais c’est juste mon intime conviction, sans valeur scientifique…).

    En tout cas , pour reprendre un adage qui résumerait ma conviction ( pas si lointaine de celle de Mehdi ) :  » Je ne suis pas d’accord avec votre opinion , mais je me battrai sans relâche pour que vous puissiez l’exprimer ». Donc, oui je suis quelque part convaincu qu’il y’a avancée démocratique puisqu’on peut crititquer un ministère ou un ministre , dans une monarchie proche de l’absolutisme… Cela dit se réjouir d’une avancée ne signifie en aucun cas occulter tous les retards, et je m’entends là dessus.

    Ton exigence est tout à ton honneur, mais la conscience que quelque chose a changé n’est pas contradictoire avec cette idée…j’ai des souvenirs d’une époque pas si lointaine où il fallait murmurer certaines opinions de peur que les murs n’aillent nous dénoncer à un Makhzen aveugle, et j’abuse à peine… Gageons sur un avenir meilleur parce que nous aurons pris part à ces batailles pour un pays plus démocratique et surtout plus social. Car au final , les extrêmes se développent en réaction à des problèmes profonds dans les sociétés qui les générent… D’ailleurs cette « douce France » ne l’est pas vraiment , les débats ayant lieu en ce moment nous rappellent à la réalité d’un pays qui va très mal… Vous avez dit extrême?

    Concernant le lobby islamiste , oui il existe, il est réel, puissant, je ne reviendrai pas là dessus… Mais c’est un mouvement d’opposition et non pas un parti majoritaire depuis ces dernières élections , puisque le P.A.M , parti très proche du pouvoir, a gagné ces dernièress élections … Un mouvement d’opposition n’est pas forcément de gauche , n’est ce pas ?
    Finalement au Maroc , tout comme en France au final , l’opposition est composée des deux extrêmes traditionnels, ces journalistes et partis laïcisants autant que leurs confrères islamistes… et comme dit Mehdi , dans un royaume à qui s’oppose t’on ?

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