L’équipe de France peut s’estimer heureuse après le tirage au sort des phases de poule du Mondial 2010. Effectué vendredi dernier par la main innocente de Charlize Theron, le sort a réservé un groupe clément pour les Bleus, pourtant évincé des têtes de séries par le nouveau règlement de la FIFA. Les hommes de Raymond Domenech affronteront l’Uruguay, le Mexique et le pays hôte, l’Afrique du Sud. Analyse des forces en présence.
L’Uruguay : la Celeste, vainqueur des Coupes du Monde 1930 et 1950, n’est plus ce qu’elle était. Considérée comme la meilleure équipe du monde à cette époque, l’Uruguay n’est plus que 19ème au classement FIFA. Comme la France, elle a dû attendre un match de barrage remporté face au Costa Rica pour se qualifier pour le mondial sud-africain. Emmenée par Oscar Tabarez, surnommé « El Maestro » en référence à son passé d’instituteur, l’Uruguay conserve son style rugueux et surtout un instinct de survie à toute épreuve. C’est la « garra charrua », la force intérieure des « Charruas », les indiens qui peuplaient la côte uruguayenne du Rio de la Plata avant l’arrivée des colons. Passée cette force mentale historique et quasi-génétique, la Celeste n’a plus vraiment de quoi effrayer les Bleus. Tout petit (3,3 millions d’habitants), le pays sud-américain voit ses jeunes talents migrés de plus en plus tôt vers l’Europe. D’où un sérieux problème de cohésion au sein d’une sélection composée essentiellement de joueurs exilés sur le vieux continent. C’est le cas de son avant-centre vedette Diégo Forlan. Le joueur de l’Atletico Madrid, soulier d’or européen en 2004-2005 et 2008-2009, reste l’atout majeur de sa sélection. Meilleur buteur de l’équipe en qualifications (7 buts), c’est sur lui et le jeune meneur très prometteur Nicolas Lodeiro, que repose tout le poids de l’attaque uruguayenne. Défensivement, l’équipe s’appuie sur des joueurs très combatifs, souvent à la limite de la régularité, comme le monégasque Diego Perez ou le défenseur et capitaine Diego Lugano. En dernier rempart, le gardien de la Lazio de Rome, Fernando Muslera, semble tenir la route. Malgré ces quelques atouts, ceux sont finalement les statistiques qui ont le plus de quoi inquiéter l’équipe de France. Sur les cinq dernières confrontations, les Bleus ne se sont imposés qu’une seule fois. Et ils n’ont jamais battu la Celeste en compétition.
Le Mexique : merci Javier Aguirre. En six mois, le sélectionneur a redonné une âme et une identité à son équipe. Sous son commandement, la « tri » a remporté la dernière Gold Cup face aux Etats-Unis et a réussi à se qualifier pour le Mondial. Les débuts des éliminatoires avaient pourtant été catastrophiques (deux défaites en trois matchs) avec comme sélectionneur le suédois Sven-Goran Eriksson. Arrivé en pompier de service comme en 2001, Javier Aguirre a corrigé les principaux défauts de sa sélection : excès de confiance et indiscipline. « Le Basque », surnommé ainsi pour ses origines espagnoles, a réalisé avec ses hommes un énorme travail tactique et s’appuie sur une défense solide dirigée par le barcelonais Rafael Marquez, capitaine de sa sélection. Devant, le Mexique peut compter sur l’expérience de son buteur Cuauhtemoc Blanco, 36 ans, complété par la technique et la fougue du jeune Giovani Dos Santos, 20 ans. Formé à Barcelone dès l’âge de 13 ans, il est considéré depuis déjà quelques années comme la future star mexicaine. Auteur d’un début de saison remarquable avec son club de Tottenham, ce Mondial pourrait être pour lui l’occasion de se révéler au grand jour. « Los ratones verdes » peuvent aussi compter sur un gardien considéré comme l’un des meilleurs du continent américain. Le mythique Jorge Campos a peut-être trouvé son successeur en la personne de Guillermo Ochoa. C’est donc une équipe solide et remise en confiance par un sélectionneur remarquable que la France devra affronter lors de son deuxième match de poule. Même si les Bleus ont rarement été inquiétés par cette équipe dans le passé, elle est sans doute l’adversaire le plus redoutable du groupe.

L’Afrique du Sud : tout le pays espère évidemment voir son équipe aller le plus loin possible dans la compétition organisée sur ses terres. Mais rien ne laisse objectivement penser que cela soit possible. L’Afrique du Sud a enchainé huit défaites sur ses neufs derniers matchs et, à huit mois du début de la compétition, les Bafana Bafana viennent de changer de sélectionneur. La fédération a confié les clefs au revenant brésilien Carlos Alberto Parreira et lui a donné pour mission de qualifier l’équipe pour les huitièmes de finale. Mission pas impossible mais qui s’annonce très compliquée. Après une bonne période, entre 1996 et 2002, qui a vu les Bafana Bafana remporter une Coupe d’Afrique des Nations à domicile et participer aux Coupes du Monde en France et en Corée du Sud, l’équipe est en perte de vitesse. Eliminée au premier tour des CAN 2004, 2006 et 2008, l’Afrique du Sud ne fait plus peur à personne, même sur son propre continent. C’est donc sur la fierté d’organiser la première Coupe du Monde en Afrique, un sélectionneur expérimenté et quelques joueurs clés que les sud africains entrevoient des lueurs d’espoir. Le meneur de jeu Steven Pienaar qui évolue à Everton aura un rôle déterminant dans le parcours de sa sélection. Sa créativité et son aisance technique doivent permettre à son équipe de jouer dans le bon sens. En défense, c’est le capitaine Aaron Mokoena qui devra montrer l’exemple. Il est un des leaders de cette sélection depuis plus de dix ans. Il est clair que les Bafana Bafana n’ont pas eu de chance lors de ce tirage au sort. Il va leur être compliqué de ne pas devenir la première nation organisatrice d’une coupe du monde à être éliminé dès les matchs de poule. 47 millions de supporters locaux feront en tout cas tout leur possible pour éviter cette humiliation. Une ferveur populaire dont les Bleus devront se méfier. Surtout si le dernier match de poule entre les deux équipes s’avère décisif pour la qualification des Bafana Bafana.
Simon Gleize
