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Ouaga Jungle 2

2 février 2010

Deuxième épisode des aventures d’une parisienne amoureuse des sons à Ouagadougou !

Le Maquis et le Gombo

Leï Lacoste

 

Le Maquis a Ouagadougou c’est un bar a ciel ouvert, parfois entouré de trois ou quatre murs en parpaings. D’autres fois il s’agit tout simplement  de chaises posées en bord de route ou l’on s’affale pour siroter des bières une fois la nuit venue. Comme me l’a expliqué Charly, un français né en Cote d-Ivoire et actuellement propriétaire du maquis Tip Top a Ouaga : un bon maquis ne doit pas être trop éclairé afin que les gars puissent tranquillement y retrouver leurs gos ( la go étant une nana en général mais dans ce cas précis il s’agit le plutôt d’une énième conquête « amicale »).
Dans les maquis fermés, au milieu des tables il y a toujours une piste de danse ou chacun peut venir exercer ses talents sous des boules a facettes dignes de nos meilleures discothèques.
On m’a dit qu’auparavant il y avait plus d’orchestres qui jouaient en live mais qu’à présent qu’ils ont trop souvent été remplacés par un DJ qui enchaine les tubes de dombolo et coupé décalé sur une grosse sono qui crache. DJ ou orchestre, le son dans un maquis se doit d’être fort, très fort même, lourdement chargé en basses fréquences qui résonnent dans la poitrine et en hautes fréquences qui picotent les tympans.
Si tu es au maquis et que tu peux parler a ton voisin sans t’arracher les cordes vocales, c’est que le son n’est pas bon!
Enfin, aller faire pipi au maquis en tant que fille, c’est tout un poème. Si dans les bars et restaurants les plus chics fréquentés par des blancs  il y a de belles toilettes avec chasse d’eau et PQ, au maquis les urinoirs peuvent surprendre! Aussi éclairé que le reste du lieu est sombre, il est difficile de s’y cacher. Et pour se soulager il faut se contenter d’uriner  derrière un muret, sur une dalle carrelée légèrement en pente face a des blattes grosses comme le pouce. Les dames se font plus souvent accompagner a l’extérieur pour aller se soulager au coin d’une ruelle un peu plus sombre.

Autre terme Ouagalais qu’il faut connaitre lorsqu’on évolue dans le milieu des musiciens : le gombo.
C’est au studio Ouaga Jungle, point névralgique de l’hyperactivité musicale de Ouaga, que j’ai découvert le gombo et les gombistes.
Porté par le succès de la sortie internationale de l’album de Victor Demé, Ouaga Jungle jouit d’une excellente réputation et attire les meilleurs musiciens de la sous-région Afrique de l’Ouest. Mais dans la jungle urbaine de Ouagadougou, entre les chèvres et autres zébus, circulent de drôles d’oiseaux nommés les gombistes. Les gombistes ce sont les musiciens qui courent le gombo, équivalent Ouagalais de nos « cachets » d’artistes. Ici, un bon musicien peut vivre de sa musique. Certains hôtels classieux paient jusqu’à 10 000 CFA par musicien, par nuit. Mais les Diabaté, dont deux des frères tournent avec Demé sont plus maquisards que gombistes. Ils se contentent donc de  3000 CFA par nuit et par tête, mais ils jouent toutes les semaines du jeudi au dimanche au Parc des Stars, ce qui leur permet d’atteindre un salaire supérieur a celui d’un fonctionnaire Burkinabé. Et en jouant quelques bon vieux tubes salsa ou zouk, il y aura toujours de vieux tontons nostalgiques qui viendront deposer des billets dans le petit panier qui complète la paye des musiciens.
Chacun se débrouille comme il peut : certains louent leurs instruments, d’autres louent leurs services contre d’autres services.
Les vrais gombistes ont la dent dure et ne viennent poser un ligne sur un album que si on les paie (10 000 CFA la ligne), ne viennent au répétitions que si leurs frais d’essence sont pris en charge et refusent les cachets trop faibles des maquis. Ceux là pêchent parfois par excès et oublient que l’essence de la musique est dans la création et non dans le confort feutré du hall d’un grand hôtel. Heureusement qu’il reste toujours une poignée d’irréductibles qui sont prêts a donner un peu de leur temps pour permettre aux artistes oubliés telle Naky Zerbo, griotte de l’ethnie samo, de sortir enfin de l’anonymat et de peut-être reprendre le dessus sur la déferlante Coupé-Décalé venue de Côte d’Ivoire.

Leï Lacoste